La Loze : un nouveau col mais pas que…

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Lorsque l’on me parle d’un tout nouveau col, j’ai les mollets qui frétillent, et quand il s’agit en plus d’un 2’000 – de surcroît, dans notre région –, les gambilles me fourmillent !
Mais pour ce col, il est aussi question d’une ascension exclusive par voie verte, promesse d’une expérience unique dans le genre… alors là, c’est plus tenable, je lâche les freins et mouline d’impatience !

Le COL DE LA LOZE… Méribel & Courchevel ouvrent un nouveau col exclusivement réservé aux vélos, le Col de la Loze, situé à 2 304 mètres d’altitude, première étape de la future VIA 3 VALLÉES.
Ce nouveau concept de VIA 3 VALLÉES deviendra à court terme la référence mondiale de la pratique cycliste exclusive sur un domaine de montagne réservé aux 2 roues (vélos, VAE). Cette voie de 4 ou 5 mètres de large reliera rapidement la Vallée de la Tarentaise à celle de la Maurienne, en passant par les stations des 3 Vallées : Courchevel, Méribel, les Menuires et Val Thorens.

Pour joindre l’utile à l’agréable, l’idée a été de le « tester pour vous » en le grimpant par les deux versants. N’étant ni une timbrée ni une fêlée de la Loze, nous sommes partis à deux équipes, chacune son coté, avec RDV au sommet.
Déterminés à aller au bout de l’expérience, nous avons opté pour la grande boucle (55 km) avec un départ de Salins-les-Thermes / Brides-les-Bains : compter env. 30 km d’ascension totale par Courchevel et 25 km par Méribel, avec 1700m de D+. La montée officielle du col est d’environ 22 km quel qu’en soit le versant.

Cyclo rédacteur : Marie-Cécile, secrétaire des cyclos

Déployez et découvrez ci-dessous le récit de notre pérégrination « à chacun sa Loze ».

Versant Courchevel : réputé plus facile (ou je dirais moins difficile), c’est le mien !

Boucle de 55 km : 30 km jusqu’au sommet (22 km de col, dont 6 km de voie verte) / 25 km de descente pour rentrer.
Dénivelé total : 1’700m D+

Etape 1 : Salins-les Thermes / Courchevel

Départ dans la brume épaisse, j’allume mes feux. Pour limiter les kilomètres et le dénivelé je monte au Grand Carrey (Saint-Bon-Tarentaise) km 0 du col – par la D915 direction Brides-les-Bains (sans faire le détour par Montagny/Bozel). Après ces 8 kilomètres d’échauffement en pente douce, c’est parti pour 22 km de col, dont 14 km jusqu’à Courchevel. Que de circulation et de bruit ! Camions, cars, voitures – même les hélicoptères s’y mettent –, sur une route de station naturellement abîmée, avec des pentes oscillant très souvent entre 8 et 10 % qui nous hissent progressivement au-dessus des nuages. Il y a bien quelques trêves, mais ce sont des leurres, ne jamais baisser la garde !

Concentration épuisante jusqu’à Courchevel avant de rejoindre la tant attendue Voie Verte et ses 6 km… A ce moment précis, lorsque l’on atteint le panneau de signalisation Interdit à tout véhicule motorisé, on se croit sauvé, les Rois du monde ! Le ciel est lumineux, on se précipite soulagé et rayonnant sur la piste au revêtement tout beau, tout neuf, alors persuadé que ça va rouler tout seul malgré les pentes moyennes annoncées, certes non négligeables, toutefois pas insurmontables.

Etape 2 : Courchevel / Col de la Loze

La majorité des vélos et VTT que je rencontre sont à assistance électrique, chacun se fait plaisir, je me dis qu’ils ont bien raison. Surpris et admiratifs de me voir en vélo de route mû par la force musculaire – comprendre, à la seule propulsion humaine –, ils m’encouragent. Je me redresse, fière de moi.

Profitons… ça ne va pas durer…

A la première « petite » rampe de 17 %, couchée sur mon vélo pour gagner en puissance et ne pas tomber en arrière, je veux encore croire que c’est juste un mauvais moment à passer.
La nature est magnifique, il faut dire qu’à ma vitesse j’ai le temps d’en profiter. Je peux même admirer les nombreux insectes de montagnes, déboussolés par ces étranges bestioles à deux roues qui partagent désormais leur territoire.
Mes cinq sens se gorgent de délice…

Fini de rêvasser ! La montée est un enchaînement de faux plats (ils portent bien leurs noms ceux-là) et de rampes encore et encore… si raides que l’on ne peut même pas voir la route au-delà. Fini, pas fini ? Mon GPS s’affole autant que ma cadence ralentit, je garde le cap et mon calme. Motivée, je m’accroche, hors de question de flancher et de marcher, je m’autorise néanmoins (je n’ai pas le choix) des arrêts fréquents pour reprendre mon souffle et ne pas me faire péter les varices… Un défi à (sur)monter, 6 km d’endurance extrême pour mon modeste niveau de cyclote. Mais lorsqu’on accède au Saint-Graal, l’arrivée du Col, le spectacle est à la hauteur du dénivelé effectué… Tout y est ! Les grands espaces à perte de vue s’offrent à nous, les alpages, les lacs en contrebas avec les massifs en toile de fond… on se dit que cela valait la peine de mordre la guidoline.

On respire à plein poumon, on s’enivre de liberté… et on prend des photos pour immortaliser ce moment privilégié avant de repartir heureux et serein, après tout il n’y a que de la descente.

Etape 3 : le retour par Méribel

Boucle oblige : je descends par l’autre versant, celui de Méribel, c’est reparti pour 7 km de voie verte la fleur au guidon.
On se rend vite à l’évidence : après l’escalade, la désescalade. Pas question d’avoir le c… plus haut que la tête : pour éviter la dégringolade je me tiens droite dans mes cales et fais chauffer les patins, ou pose carrément pied à terre dans les virages les plus abrupts pour éviter de manger la luzerne.

Le retour dans la civilisation à moteur jusqu’au point de départ est relativement agréable malgré nombre d’automobilistes intolérants envers les cyclistes, ces intrus du bitume. On regretterait presque nos raidillons à 17 %.

Epilogue

Très (ou trop) dur pour moi, j’ai dépassé mes limites de cyclote. Ce défi personnel restera une sensationnelle découverte et expérience unique, rappelant que les pourcentages moyens des pentes peuvent être trompeurs en haute-montagne. L’ascension du col de la Loze par Courchevel depuis Brides-les-Bains, est annoncée avec une moyenne globale de 5,7 % (6,5 % pour le col uniquement). Les moyennes s’élèvent à un maximum de 10 % sur un kilomètre. Mais la montée très irrégulière alterne constamment entre replat et « mur ». Le mental est donc primordial pour gérer l’effort et l’oxygénation en toute circonstance : d’essoufflement dans la difficulté, c’est le souffle coupé que l’on découvre les vues imprenables du sommet à 360°

– Marie-Cécile des Cyclos Annemassiens Voirons-Salève, Courchevel Team

 

Versant Méribel : réputé plus difficile (pour ne pas dire très difficile), c’est le sien !

Boucle de 55 km : 25 km jusqu’au sommet (22 km de col, dont 7 km de voie verte) / 30 km de descente pour rentrer.
Dénivelé total : 1’700m D+

C’est sur un mode plus sportif que je vais vous faire partager mon périple par le versant Méribel du col de La Loze. Récemment asphalté il y a donc très peu de retour d’expérience, hormis la réputation d’une ascension irrégulière et très compliquée à gérer. Mais ma saison étant prolifique en termes de kilomètre et de dénivelé, je me sens physiquement prêt à relever le défi, malgré les avertissements plutôt alarmistes de mes collègues cyclos (qui pourtant n’ont jamais fait cette ascension ! ! !).

Notre départ se situe à la sortie de Salins-les-Thermes, pour une boucle de 55 km environ, comprenant 2 étapes : une montée au col de La Loze de 25 km par Méribel et un retour par Courchevel, de 30 km.

Etape 1

Après 3 km sur la RD 915 plutôt désagréable en termes de circulation motorisée, je bifurque sur la RD 90 en direction de Méribel les Allues, où le km 0 du col de La Loze est matérialisé par une borne kilométrique indiquant le point de « départ » pour une ascension de 22 km.

La montée jusqu’à la sortie de Méribel n’a rien d’extraordinaire, tout juste quelques talus entre 10 et 13 %. A tel point que je commence à gamberger en me disant que peut-être la réputation de ce col est surfaite.

Enthousiasme de courte durée car dès la sortie du village (en travaux), je démarre sur la voie verte qui a été tout récemment bitumée, et un panneau annonce les festivités : 7 km à 10 % de moyenne avec une pente maxi à 20 %… un dur retour à la réalité. Les réjouissances commencent par une partie boisée de 3 km environ, en lacets type « épingle à cheveux » avec de véritables raidards, dont le passage à 20 %, mais assez courts, en général sur quelques dizaines de mètres. Cette portion passée, je me dis que j’ai fait le plus dur… Là encore, je suis rapidement désavoué car ça se gâte dès la sortie de la forêt avec une rampe entre 16-17 % sur 300 m environ, avant la borne 4 km. J’attaque ensuite la dernière partie, assez éprouvante, les bornes kilométriques annonçant des pourcentages moyens de 11 et 12 % sans aucune (ou presque) zone de récupération.

Les deux kilomètres suivants sont plus « roulants », à flanc de montagne dégageant une très belle vue sur la vallée. Mais les derniers cinquante mètres à plus de 15 % accentués par l’usure physique me paraissent interminables et c’est avec un sentiment de délivrance que je franchis la ligne d’arrivée au sommet du col.

En conclusion, je dois bien l’avouer, mon sentiment de fierté d’avoir vaincu ce nouveau col « sans mettre le pied à terre » dans sa partie voie verte, a occulté durant quelques minutes la beauté du spectacle sommital. C’est seulement en reprenant mes esprits que j’ai pu contempler ce paysage d’une nature préservée. A cette altitude, les montagnes semblent ciselées dans un décor majestueux et les vallées lointaines offrent un tableau haut en couleur.

Etape 2

Après avoir immortalisé ce moment magique par quelques photos et des échanges de sensation avec des cyclos parisiens, le père et le fils en vacances dans la région, qui ont gravi le même versant que moi (il faut dire que durant mon ascension, je n’ai croisé ni dépassé aucun autre cycliste), je me prépare pour le retour par Courchevel qui se caractérise par une longue descente. Avant de m’élancer, j’aperçois des cyclistes professionnels de la « Quick-Step » et de la « CCC » avec les voitures suiveuses, certainement en reconnaissance avant la course du Tour de l’Avenir du vendredi 23 août 2019. Ces compétiteurs semblent également marqués par la difficulté de cette ascension, mais rien à voir avec mes propres émotions.

J’ai l’habitude de dire qu’après l’ascension d’un col difficile, la descente est une sorte de récompense décernée par l’ivresse de la vitesse.

Il est environ 11 heures du matin lorsque j’entame mon dénivelé négatif sur la voie verte, cette fois en direction de Courchevel. Rapidement je constate qu’entre les forts pourcentages, les virages serrés et l’affluence des marcheurs et des cyclistes (très souvent en assistance électrique), je suis contraint de modérer mon allure. Malgré tout, cette descente abrupte sur une route en très bon état, reste un véritable plaisir.
Six kilomètres plus bas, je quitte la voie verte et j’emprunte, après la route de l’altiport, la RD 91a où je retrouve avec appréhension la circulation motorisée et l’intransigeance des conducteurs. Le retour dans ces conditions et sans incident est une véritable gageure.

Finalement, j’arrive sans encombre avec des souvenirs pleins la tête et une expérience sportive exigeante mais magnifique.

– Bernard des Cyclos Randonneurs Thononais, Méribel Team

 

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Cet article a également été publié
dans la revue Fédérale de octobre 2019

Pour en faire moins : se contenter de la montée officielle du col, env. 22 km du Grand Carrey ou des Allues, puis redescendre par le même versant. C’est déjà beaucoup.
Pour en faire plus : éviter la D915 au départ / retour de Brides-les-Bains, en faisant le détour par Montagny / Bozel. Moins de circulation ? Mais un peu plus de km et dénivelé.
Pour le faire autrement : en mode balade, faire la boucle Meribel / Courchevel par La Tania / Le Praz. Le col n’est pas gravi dans sa totalité du km 0, mais cela permet de l’appréhender par ses deux versants sur voie verte qui en font sa spécificité (parcours le plus court, mais pas le plus facile sur la distance).

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